Un excellent article concernant les nouvelles inéligibilités des collaborateurs
Inéligibilité des membres de cabinet : vive le renouvellement !
Par Philippe BLUTEAU, avocat à la Cour et Timour VEYRI, enseignant à
Sciences-Po Paris, conseiller du maire d’Evreux, président de
l’agglomération du Grand Evreux
Mesdames et Messieurs les collaborateurs de cabinet, vous rêviez
d’une première expérience électorale à l’occasion des législatives de
2012 ? Démissionnez, vite. Car la loi organique du 14 avril 2011
relative à l'élection des députés et sénateurs prévoit
l’inéligibilité aux élections législatives des membres de cabinet des
maires des communes de plus de 20.000 habitants (et des présidents de
communautés de communes de plus de 20.000 habitants) « dans toute
circonscription comprise en tout ou partie dans le ressort dans
lequel ils exercent ou ont exercé leurs fonctions depuis moins d'un
an à la date du scrutin ».
Ainsi ces collaborateurs d’élus sont assimilés, au titre de
l’inéligibilité, aux sous-préfets, magistrats et TPG alors même
qu’ils ne disposent pas de pouvoir de décision et que l’exposé des
motifs du projet de loi organique affirme que « les inéligibilités
sont liées à l’exercice effectif de responsabilités locales » ! Mais
le problème posé par cette réforme est surtout d’ordre pratique et
politique.
Le problème est d’abord pratique, car la démission doit intervenir un
an avant les élections législatives de 2012… dont la date n’est
toujours pas connue. Pour mémoire, « les élections générales ont lieu
dans les soixante jours qui précèdent l'expiration des pouvoirs de
l'Assemblée nationale » (art. LO.122 du Code électoral), cette
expiration intervenant « le troisième mardi de juin de la cinquième
année qui suit son élection » (art. LO.121). En 2012, les pouvoirs de
l’assemblée sortante expireront donc le 19 juin, et les élections
législatives pourront être organisées à partir du 19 avril. Certes,
la tradition républicaine veut que l’élection ait lieu les deux
derniers dimanches qui précèdent l’expiration des pouvoirs, soit les
10 et 17 juin 2012. Mais rien ne prémunit les collaborateurs de
cabinet contre une (nouvelle !) mauvaise surprise. Même à considérer
que la date la plus lointaine soit retenue pour l’organisation des
élections législatives, il ne reste plus que quelques jours aux
membres de cabinets locaux pour démissionner.
Le problème est également politique. La démocratie française
souffrirait, selon les élus eux-mêmes, d’un défaut de renouvellement
générationnel. Reprenant dans un chœur unanime le vers de la Fontaine
– « Passe encor’ de bâtir, mais planter à cet âge ! » - les élus
n’ont de cesse de prôner une implication accrue des jeunes
générations. Les chercheurs constatent le « blocage des carrières » à
l’Assemblée nationale (Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki) : la
proportion des parlementaires membres du groupe socialiste ayant
obtenu leur premier mandat avant 37 ans étaient de 46,9 % avant 1981,
de 22,8 % de 1984 à 1995 et de 3,8 % après 1997. Or, aujourd’hui,
concrètement, les cabinets locaux sont le lieu privilégié qu’ont
choisi nombre de jeunes femmes et hommes pour parfaire leur
apprentissage de la vie politique. Cette réforme verrouille leur
envol.